lundi 27 février 2017

Daniel Pennac : Le cas Malaussène - Tome 1 : Ils m'ont menti (N°1 fev 2017)

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Daniel Pennac : "Le cas Malaussène" = Tome 1 : Ils m'ont menti - Gallimard, janvier 2017 - Roman

 Contente de retrouver la famille Malaussène, je me suis replongée avec joie dans cette saga dont les aventures avaient connu un engouement exceptionnel entre les années 1980-1990 avec 6 volumes qui racontaient la vie et les aventures rocambolesques de Benjamin Malaussène et de sa tribu. Ce sont donc tous les membres de cette folle famille que l’on avait perdu de vue depuis 18 ans que nous retrouvons avec quelques années de plus. Mais les années ont passées et comment se souvenir des noms et des liaisons entre tous les personnages…A chaque nouveau héros, et ils sont nombreux, il faut retourner en fin de livre pour comprendre qui est qui ? Donc début de lecture très difficile et fastidieux.

Puis les cent premières pages passées, on se réjouit de l’intrigue et on retrouve Benjamin Malaussène vieilli mais entouré d’une nouvelle génération bien turbulente et les personnages sont toujours aussi pittoresques. Le Figaro écrit : « Ses personnages se sont-ils assagis avec le temps »…Eh bien Non !!! Benjamin, Louna, Julie, Thérèse, les petits devenus grands et les nouveaux nés de pères méconnus ou de mères disparues sont tous aussi originaux les uns que les autres, tous si bien caricaturés, tous embarqués dans une vie d’aventures…Evidemment Benjamin  reste un « observateur mélancolique, un héros qui bricole avec la morale et les chimères »…
L’auteur avec son écriture flamboyante et succulente a modernisé les situations et les décors et s’est mis au goût du jour. « L’écrivain se fait plus que jamais passeur et pédagogue » nous dit la revue Lire. Laissons-nous entrainer dans cette saga si  prenante. L’intrigue est un peu compliquée mais on se laisse porter par l’écriture et on attend la suite, ce livre étant le tome 1 d’une série portant le nom : le cas Malaussène.

Yeonmi Park : Je voulais juste vivre (N°2 fev 2017)

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Yeonmi Park : Je voulais juste vivre - Ed Kero, 2015 en anglais et traduit en français en 2016- Témoignage.



Ce livre est un magnifique témoignage d’une jeune Nord-coréenne qui a 13 ans au début de ce récit.
Elle raconte sa vie en Corée du Nord où elle est née en 1993 à Hyesan (une carte en début de livre aide beaucoup le lecteur à se situer). Elle garde un souvenir de sa prime enfance  plutôt agréable car cette famille était débrouillarde et optimiste. Mais lorsque le père est arrêté, tout s’écroule et commence pour elle et sa sœur une vie d’une pauvreté inouïe, pauvreté matérielle et pauvreté mentale. Ces deux enfants connaissent la faim, la peur, la solitude mais aussi subissent la dictature des « Kim » qui ne laisse aucune liberté aux habitants. La propagande les oblige à ne pas penser de leur propre volonté : « On nous apprend à tout mémoriser et la plupart du temps il n’existe qu’une seule réponse à chaque question ». Plus tard quand on lui demande sa couleur préférée, elle ne sait pas répondre. Elle n’a jamais pensé à raisonner par elle-même. On a du mal à réaliser que cette histoire se passe au début du 21ème siècle.
Le 30 mars 2007, avec l’aide de contrebandiers elle traverse avec sa mère la frontière pour aller en Chine où elles ne peuvent rester car elles sont trop vulnérables sous un « statut de réfugiés » puis des missionnaires chrétiens chinois les aident à passer en Mongolie en traversant le désert de Gobi où elles sont accueillies dans un centre de détention. De là elles arrivent à Séoul en Avril 2009 pour devenir libres mais « devenir libre a été un processus vraiment douloureux ». « En Chine, j’étais soutien de famille, c’est moi qui maintenais ma mère en vie. A présent je ne savais plus comment faire pour redevenir une enfant ».
En Corée du sud, elle réapprend à vivre et devient  une militante journaliste et conférencière : elle travaille pour la protection des réfugiés Nord-Coréens.
On ne peut qu’admirer sa capacité d’adaptation à toutes les situations, sa force de caractère, sa rapidité d’apprentissage des langues, son intelligence pour rattraper un niveau d’études élevé. Quelle belle leçon de survie.
Certains journalistes ont contesté la véracité de cette fuite. Mais qu’importe si elle a pioché quelques  épisodes auprès d’autres réfugiés. Ce témoignage sert à tous les Nord-coréens et son engagement est admirable.

Elene Ferrante : L'amie prodigieuse T1 et Le nouveau nom T2 ( N°3 fev 2017)

Elena Ferrante : "L'amie prodigieuse" : T1, L'amie prodigieuse - 2014, Gallimard et  2016, poche - ; T2, Le nouveau nom - 2016, Gallimard et 2017, poche - romans

Je me suis attachée, comme beaucoup, à cette saga qui nous emmène à Naples dans les années 1950 et plus, où deux amies d'enfance, Elena et Lila, grandissent ensemble.

Le tome 1, "L'amie prodigieuse",  nous les décrit enfants et adolescentes, l'une ayant une emprise inquiétante sur l'autre et leurs sentiments allant de la haine à la jalousie en passant par l'admiration et l'adoration : elles vivent dans les faubourgs mal famés de ce Naples où règnent la mafia et la pauvreté.

Le tome 2, "Le nouveau nom" nous entraine à Naples et à Pise : les deux héroïnes sont devenues des jeunes femmes. Elena a réussi à sortir de son impitoyable milieu miséreux en étant étudiante, tandis que Lila, qui s'est marié très jeune, subit l'autorité de son mari mais est devenue riche en épousant cet épicier...

Impossible de raconter plus, tant le lecteur est emporté dans des détails de vie extraordinaires et passionnants, (avec quelque fois un peu de longueur...) de ses deux  femmes italiennes typées qui vivent dans une Italie à l'histoire mouvementée. On a l'impression d'accompagner dans leur vie les deux jeunes femmes : "On a le sentiment de vivre en direct" au jour le jour leur histoire romanesque.

"Cette série est progressivement devenue un phénomène mondial  traduit dans 42 pays. Le mystère qui entoure Elena Ferrante y est sans doute pour quelque chose" nous dit Le Monde. En effet, le nom de l'auteur est un pseudonyme, la romancière préférant conserver l'anonymat, ce qui fait couler beaucoup d'encre...

Le tome 3 "Celle qui fuit et celle qui reste" vient de sortir le 3 janvier 2017 en broché chez Gallimard. C'est l'événement littéraire et la très bonne nouvelle de ce début d'année.

A suivre...

mercredi 1 février 2017

Philippe Besson : "Arrête avec tes mensonges" (N°1 janv 2017)

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  Philippe Besson : "Arrête avec tes mensonges" - Julliard, janv 2017 - roman

Un peu troublant de ne pas savoir « la vérité » dans ce livre ayant pour titre « Arrête avec tes mensonges ». Ce livre étant un roman, l’auteur peut y raconter ce qu’il veut… Toujours est-il qu’à l’émission La Grande Librairie il a fait comprendre que les « flash-backs » sur ses origines, sa vie familiale, sa jeunesse étaient véridiques. Le reste ne serait donc que fiction…
Un jeune de 17 ans en 1984, Philippe, fils d’un directeur d’école, est, à cette date, élève en terminale C (S actuellement) et est subjugué par la silhouette de Thomas Andrieux en Terminale D entrevu aux récréations, « aux cheveux en broussaille, à la barbe naissante, au regard sombre ». Ce Thomas va choisir Philippe pour une relation intime et secrète à laquelle il ne peut résister : « Pourquoi moi, dit-il, les lunettes de myope, le pull jacquard, l’élève tête à claques, les trop bonnes notes, les gestes de fille ».
Cet amour impossible pour l’époque est décrit avec la finesse de plume habituelle de Philippe Besson. L’écriture si sensible et si fluide de cet auteur rend ce roman très facile à lire. Un petit bémol : caresses et jouissances sont, malheureusement à mon goût, relatées avec des phrases un peu crues et inutiles. Suggérer les faits serait suffisant…L’auteur nous tient en haleine jusqu’à la fin assez émouvante.
Toujours est-il que c’est la première fois que Philippe Besson dévoile ouvertement dans un roman son homosexualité, que par ailleurs il ne cache pas dans les médias.
Les lecteurs repenseront bien sûr au livre-choc d’Edouard Louis, « En finir avec Eddy Bellegueule » paru en janvier 2014 au Seuil et en poche-Points en 2015 qui traitait aussi de l’homosexualité.

Andreï Makine : L'archipel d'une autre vie (N°2 janv 2017)

livre l'archipel d'une autre vie 

Andrei Makine : L'archipel d'une autre vie -Seuil, Aout 2016 - roman



Andreï Makine, écrivain franco-russe, élu en mars dernier à l’Académie Française, a reçu le 7 décembre 2016 « son épée d’immortel ». Cela n’a pas transformé cet auteur que j’admire beaucoup et « il n’a pas perdu son goût pour la nature sauvage ni sa foi mystique en l’amour » (ELLE).
Le héros de ce roman, Pavel Gartsev, est un soldat, déjà vétéran à 27 ans, en 1952, enrôlé par un comité militaire pour des expériences qui pourrait servir pour une éventuelle troisième guerre mondiale dans la Sibérie orientale en pleine période stalinienne. Mais Pavel est mal vu par ses chefs et est chargé avec 5 autres soldats, « chacun représentant un fragment de la Russie » nous dit l’auteur, de poursuivre un fugitif échappé d’un camp d’internement stalinien et qui écume la taïga armé d’un fusil. Cette petite patrouille sera dirigée par le terrible Louskass qui s’avère lâche dans les difficultés ainsi que son second Ratinsky. Ce huis-clos entre ces 5 hommes est vraiment très bien vu par l’auteur. Quel talent pour décrire les états d’âmes de chacun, leur façon de voir la société des hommes, leur projets, leurs idéaux, leur fraternité et leur humanité.
Notre héros restera seul à la poursuite de l’étrange fugitif qui lui échappe et « une communion troublante se noue entre Pavel et ce criminel traqué entre rage, peur et fascination ». (Version Fémina)
Que de belles évocations de cette nature hostile et de cette taïga qui fut une terre d’asile pour nombre de fugitifs, de la rivière et des torrents glacés, des brumes du Pacifique qui conduisent notre héros jusque l’Archipel des Chantars dans le mer d’Okhotsk. (Il faut absolument regarder une carte…) L’écriture sobre de l’auteur convient à merveille pour décrire cette chasse à l’homme et pour nous surprendre lorsque l’identité de la « proie » sera dévoilée.
Andreï Makine confirme que l’histoire est réelle et qu’il est le garçon de 14 ans, rencontré en début du roman, à qui Pavel raconte son « histoire ».
Je garde toujours une immense admiration  pour les auteurs qui écrivent dans une autre langue que leur langue maternelle, l’auteur n’ayant appris le français qu’à 30 ans, à son arrivée en France.
Ce roman d’aventure, « quête initiatique et spirituelle » est fascinant d’un bout à l’autre. Quel bon moment de lecture.